Finir l'été en yukata et célébrer les premières couleurs de l'automne
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L es saisons sont des métamorphoses fantastiques.
Chacune d'entre elles me font goûter à différentes saveurs,
et tandis que je sens avec la brise plus fraîche,
l'arrivée de l'automne et des journées plus courtes,
j'observe les arbres se teinter de couleurs chaudes.
Il y a peu, j'entendais chanter quelques grenouilles ça et là,
mais les canards ont pris le relais sur les étendues d'eau.
J'aime marcher le long des berges, que ce soit à Paris ou ailleurs!...
C'est reposant d'entendre le clapotis de l'eau,
de passer du temps à gambader dans l'herbe.
Je me suis arrêtée sur un ponton pour regarder
le coucher du soleil et ses reflets changeants.
Pour tout vous dire, vous avez certainement remarqué,
mais la particularité mode du jour,
c'est que je suis habillée en tenue traditionnelle: le yukata.
J'étais tellement heureuse à l'idée de le porter que
je ne me voyais pas finir les beaux jours, sans vous l'avoir montré!...
Je ressens pour ce vêtement traditionnel d'été,
une nostalgie si forte, que j'en ai le coeur rempli de souvenirs
dès l'instant où je le revêts: tant d'étés passés à visiter
les temples ou sanctuaires, à me promener dans les rues de Kyôto,
à participer aux fêtes traditionnelles locales, ou à aller admirer
les grands feux d'artifices durant les nuits estivales...
Ce yukata, justement je l'ai ramené de Kyôto,
lorsque j'étais allée rendre visite il y a deux ans
à Masako, ma meilleure amie japonaise.
Tout de suite, j'ai eu le coup de foudre pour le motif:
une tempête de fleurs de sakura aux couleurs vives
sur un dégradé noir et rose pâle...
J'avais trouvé en lui tantôt de la douceur et du romantisme,
tantôt quelque chose de terriblement sexy!...
Cette particularité lui confère du caractère, un délicieux contraste
et j'en suis éperdument tombée amoureuse.
J'ai assortis le yukata avec des geta ("que j'ai aux pieds", pour ne pas
appeler ça vulgairement des tongs!) dont les lanières sont en tissu
tout doux, aux motifs typiques du chirimen. (à petites fleurs )
Évidemment, ma crinière habituelle a été disciplinée en petit chignon,
enjolivé d'une fleur de la même couleur que ma silhouette.
Je me dis régulièrement que j'aimerais porter plus souvent yukata ou kimono...
Mais ce n'est pas toujours évident de trouver des occasions pour déambuler ainsi dans Paris.
Le yukata étant en coton, il est relativement facile et agréable
à porter dans la vie courante. Mais pour ce qui est du kimono en soie,
ceux brodés entièrement de fils d'or, et teintés artisanalement à la main...
C'est une autre paire de manche!...XD
Vous imaginez vous risquer d'abîmer un trésor ou de porter de la haute couture sans ressentir
un minimum de pression psychologique?...
Évidemment que non, puisqu' on ne peut avoir droit à aucune erreur.
(c'est à dire que la moindre tâche est irrattrapable)
...alors me promener avec l'air de rien, en toute innocence, devient mission impossible.
D'ailleurs, ma chère mère ne me laisserait jamais faire une chose pareille,
sans se provoquer une crise cardiaque!
C'est aussi elle qui m'a donné le goût des beaux tissus et des belles matières,
car petite déjà, je la voyais coquette, méticuleusement attentionnée
à chaque cm² de tissus: elle prenait soin de ses précieuses étoffes comme on vénère des reliques!
Elle me dit d'ailleurs sans cesse: "Quand vas-tu te décider à apprendre les bases du kimono?"
Ce n'est pas aussi simple qu'on ne le croirait:
on ne range pas la soie ailleurs que dans un meuble en bois spécial (kiri no tansu)
qui conserve la matière à l'abri de la chaleur, de l'humidité et des mites.
Il faut aussi savoir le plier, le préserver, apprendre à se vêtir
en faisant plusieurs superpositions:
d'abord le naga-jiban (ce qu'on met sous le kimono),
ensuite le kimono, puis vient le obi (la ceinture) qui est un véritable casse-tête
pour les novices...
on se retrouve avec des mètres de ceinture sans savoir comment s'en sortir!!!
Tout ça est extrêmement complexe, et il faut du temps et de la patience pour assimiler
toutes les connaissances requises, pour un jour être digne d'hériter du meuble à kimono.
Maintenant, je sais faire moi-même un joli noeud papillon pour le obi du yukata.
Je suis fière de savoir le faire, car souvent les jeunes japonais eux même n'y parviennent pas.
Les traditions se perdent souvent de nos jours,
mais je me dis qu'il faut bien que les nouvelles générations,
et tous ceux qui se sentent concernés par le savoir-faire ancestral,
fassent leur possible pour transmettre cette richesse à leur tour.
C'est ce que j'aimerais faire un jour, moi aussi.
Soreja mata.
Kawa no hotori wo yukata kite aruite iru to kokoro ga ochitsuku.
Cela m'apaise de marcher le long de la rivière, vêtue d'un yukata.
Vocabulaire japonais du jour:
Une tradition: dentô
Traditionnellement: dentôteki
porter/ être habillé/ se vêtir: kiru
motif : gara
beau: kirei
La rivière: kawa
Noeud papillon: chôcho-musubi
Nouer: musubu
Le coton: men
La soie: kinu
La culture/ civilisation: bunka
Transmettre/ enseigner: tsutaeru
La génération: sedai
Avoir la nostalgie de: natsukashimu
La nostalgie/ le mal du pays: satogokoro
Le coeur émotionnel: kokoro


















