National anthem

Publié le par Aizen

dorénavant à la nouvelle adresse:




Ce chant est une reprise de l' hymne national japonais, 君が代  Kimigayo.
Il est l'un des titres de l'album "Volk", ambitieux projet du groupe Laibach,
dans lequel certaines des hymnes européennes, ainsi que celles d'autres grandes puissances
mondiales ( USA, Chine, Russie, Israël mais encore le Vatican) ont été étonnamment reprises
et sublimées par leurs arrangements, mêlant classique, interprétation vocale et électro.

Laibach est un groupe industriel slovène existant depuis les années 80,
et cette appellation en allemand est celle qui a été historiquement donnée
à la ville de Ljubliana, capitale de la Slovénie, lorsqu'elle faisait encore partie
de l'empire austro-hongrois..
Le groupe est considéré comme l'entité la plus connue
du collectif artistique auquel il appartient: la Neue Slovenische Kunst (NSK).
La NSK compte aujourd'hui à son actif, non seulement Laibach
mais aussi des artistes peintres, un studio graphique, une troupe de théâtre,
des danseurs classiques, des musiciens ou encore des philosophes...

Très controversé à leurs débuts à cause de leur utilisation sur scène de tenues militaires,
ou d'imageries proches de l'esthétisme totalitaire, Laibach a été accusé
d'être un groupe d'extrême gauche ou de néo-nazis, mais enfin, au cours de la tournée Volk,
on a pu voir chanter l'hymne Israëlien ainsi que voir son drapeau flotter sur scène,
ce qui lavera le groupe de ces accusations.

Leurs travaux s'inscrivent d'ailleurs depuis le début dans une démarche conceptuelle
très poussée, et doivent être comprises en parallèle de l'histoire de la Yougoslavie
pour la remettre dans son contexte.

En effet, à la mort du général Tito en 1980, le régime communiste disparaît peu à peu,
la Yougoslavie est disloquée, laissant le pays et son peuple orphelin et sans successeur.
L' instabilité politique, l'accentuation à des appartenances religieuses différentes, l'aggravation
des difficultés économiques ainsi que la montée du nationalisme poussent malheureusement
les pays des balkans au conflit (1991-2001).
Alors qu'ils étaient à la base tous un peuple uni,
ils se retrouvent à se combattre entre frères de sang.
Les dommages collatéraux infligés seront tragiques.
(conflit serbo-croate , Bosnie Herzegovine, Kosovo...)

Ainsi, la construction de l'Europe en général, autant que les changements
géo-politiques à l'est, n'échapperont  évidemment pas à la réflexion du groupe.
Ils critiquent ouvertement depuis plus de 20 ans, tous les régimes existants,
décortiquant tous les principes fondamentaux des régimes politiques,
et parodiant à la sauce militariste tous les panels allant du totalitarisme jusqu'au capitalisme.

D'ailleurs en réaction aux travaux de Laibach le philosophe américain Alexei Monroe déclare:

« Fondamentalement, le travail des groupes liés au NSK représente une réponse artistique
et culturelle face à la violence idéologique imposée par notre culture et sa théorie. »


Ils démontrent par leur art, une façon de pointer du doigt les limites de chacun des régimes,
avec un parti-pris artistique provocateur et leur humour (très) noir.
Depuis les années 80, ils ont repris des titres aussi marquant que:
Life is life, Geburst eine Nation (One Vision), Sympathy For The Devil,
Across The Universe, ou The final countdown...
De plus, leur interprétation musicale du célèbre McBeth de Shakespeare,
ou le dernier Laibachkunstderfuge dans lequel ils transposent les oeuvres
de Johan Sebastian Bach, font de Laibach un groupe passionné de références
classiques littéraires et musicales .

Pour en revenir à l'album, dans Volk aucun pays n'échappe à la critique.
Pourtant leur but n'est pas de les faire sombrer dans de minces clichés,
mais de mettre à la lumière de la reflexion, l'idéologie des hymnes nationaux,
comme outil fédérateur universel pour toutes les nations du monde,
en nous poussant à nous questionner sur son utilité,
sur la signification des paroles patriotiques et leurs contextes historiques,
sur la mémoire et la transmission d'un patrimoine culturel,
ou encore sur la valeur d'une état-nation.

14 hymnes, dont 13 appartenant aux plus grandes puissances mondiales,
sont remaniées avec respect. L'album se termine solennellement
par l'hymne de la NSK, proposant ainsi une alternative conceptuelle
et une ouverture artistique très fidèle à eux-même: celle de pouvoir appartenir à un
« état virtuel sans territoire physique»

qui « n'existe pas dans l'espace réel à trois dimensions»,
et où son territoire aurait  lieu « uniquement sur l'axe temporel »

Les citoyens du monde entier seraient les bienvenus, toutes origines,
confessions religieuses, partis politiques, et statut social confondus.

Alors, le concept artistique est-il utopiste et poussé à son paroxysme?
Certes, mais la NSK compterait aujourd'hui plus de citoyens
sur leur territoire virtuel qu'au Vatican et comptent des "ambassades" dans de nombreux pays:
 Allemagne, Norvège, Irlande, Grèce, Croatie, Bosnie Herzegovine, Israël, Russie,
Chine, Japon, République d' Afrique du sud, Nigeria...
Le passeport de l'état du NSK est délivrable sur demande, sur leur site officiel.

Personnellement je trouve cela intéressant, inattendu et curieux.
Il fallait oser le faire: créer le premier état virtuel au monde! (depuis 1992)

L'art peut dépasser les frontières, rassembler, faire inter-agir, créer des liens.
Je pense qu'ils ont réussi à leur manière à faire réagir ceux qui les ont écouté.
Car Laibach ne laisse certainement pas indifférent.

L'écoute de cet album m'a fait réfléchir, sur ce qu'est l'appartenance à une nation
à l'heure où nous faisons parti du village global.
En tant que franco-japonaise,  je chéris autant la France que le Japon.
Je respecte toutes les nations et leurs histoires, ainsi que l'amour porté
par tous les citoyens du monde envers leurs pays de naissance ou d'adoption.

Et puis au final, le mal du pays me hantant par trop souvent,
je dois avouer avoir été particulièrement émue par l'écoute de cette version du  Kimigayo.

君が代 signifie " Votre règne" et s'adresse à l'Empereur du Japon.
Les paroles sont très poétiques et sont tiré d'un très ancien recueil de poèmes,
le kokin wakashû ou kokinshû (古今和歌集 ou 古今集) datant de 905.
L'auteur de ce waka est anonyme, mais il a su retranscrire
l'amour du pays du soleil levant par ces quelques vers:



君が代は                                    Puisse votre règne
千代に                                       Durer mille ans,
八千代に                                    Pour huit-mille générations,
さざれ石の                                 Jusqu'à ce que les pierres
いわおとなりて                            Deviennent roches
こけのむすまで                           Recouvertes de mousse


L'Empereur est un symbole au Japon bien plus respecté
que ne le pourraient certainement comprendre beaucoup d'occidentaux.
Car il est par essence, de part son existence même, le Japon dans son intégrité.
Sa présence rappelle le respect des ancêtres et des traditions, des savoirs faire,
de la culture et de l'histoire depuis le temps des tous premiers japonais.
Grâce à l'existence vivante de ce symbole, on récite et transmet encore avec passion
les plus anciennes légendes shintô sur la naissance magique du Japon et selon laquelle
il serait le descendant direct de la divinité du soleil protectrice Amaterasu ô Mikami.

Je suis très heureuse, grâce aussi à Laibach, d'avoir eu l'occasion
de me repencher sur l' hymne Nippon pour vous le faire partager.
Depuis, je ne cesse de rêver d'y retourner
pour humer l'air de mon pays natal.
Rien que d'y penser, j'en suis émue, et j'en ai le coeur serré.


Soreja mata.


Vocabulaire japonais du jour:

L'hymne national: Kokka (
国歌 )/ (littéralement : chant du pays)
La nation: Kokka ( 国家 ) ( littéralement : pays d'origine )
Langue maternelle: Bokokugo
La patrie (pays d'origine): Kokoku ( 故国 )
La patrie (pays natal ) :
Sokoku ( 祖国 )
Le patriotisme: Aikokushin ( 愛国心 ) (littéralement/ amour, pays, coeur)
Avoir de la nostalgie: natsukashigaru
Nostalgique: natsukashii
La paix: Heiwa
Le respect : Sonkei
Respecter: sonkei suru


Arigatô
Un petit click parce que:
Rendez-vous sur Hellocoton !


PS:
Ci-dessous, quelques autres vidéo de VJing projetée (ce ne sont pas des clips)
lors de leurs concerts, dont l'hymne national français, la Marseillaise,
que je trouve brillamment reprise, comme tout le reste de l'album que vous pourrez écouter ici.




Laibach Yisrael


Publié dans Concepts

Commenter cet article

Nihilism Style 01/03/2010


C'est pas le fait que l'album soit soft ou pas qui le rends couillus, mais le concept en lui même : pondre un album de reprise d'hymne nationaux c'est extrêmement casse gueule sur le papier(je me
demande même si hélène ségara n'a pas eu la même idée tiens...), pourtant il s'en tire plutôt bien.

Cynique et engagé ? Je préfère les profondeurs abyssales de The Ruins of Beverast ou la nostalgie amère de Imperium Dekadenz. Romantique avant tout...


Nicolas 10/03/2010


Bonjour,
Je viens de créer une nouvelle communauté «Cré'arts graphique» qui s'adresse à tous ceux qui aiment l'art le graphisme, le dessin, la peinture et la création en général.
http://www.nicolaslizier.com/
http://www.over-blog.com/com-1150514594/Crearts_graphique.html
A bientôt
Nicolas graphiste au Canada


Happy Chikubi 15/03/2010


Chère Aizen ...

Je t'ai taggée pour la chaine " dessine sur ton corps " :D

Good luck !
HappyChikubi


dat zoom or/gold.. 31/03/2010


" nan mé toi t'en as dans le slibar toi - c pour ça ke je t'm grave aussi" lx ? joox ? + "la gueule défoncée mé le sourire - dans le champ (recomposé) de jonquilles mort de LOOOOOOOOOOOOOOOL @ BIG
FISH " -- ? --?


LaSourisTeigneuse 08/04/2010


Aizen à quand le retour de tes billets farfelus et épiques par ici?? miss u girl

xo